Cultiver la résilience, la renaissance de mon entreprise
par Michel Catalano
invité d’honneur du congrès 2016

Rubrique Portraits

Michel Catalano, imprimeur séquestré par les deux terroristes, cagoulés, armés, auteurs de l’attentat à Charlie Hebdo en janvier 2015, vous en avez entendu parlé et vous avez été solidaires de cette expérience absolument hors normes. Vingt mois après ce drame dont le dénouement a ému la France et le monde, nous avons souhaité donner la parole à Michel Catalano, fondateur de l’imprimerie Catalano.


Michel Catalano, après dix-huit mois dans des locaux provisoires, vous avez repris l’activité de votre imprimerie au printemps dernier. Que s’est -il passé entre janvier 2015 et septembre 2016 ?
Les auteurs de l’attentat contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo commis deux jours plus tôt, s’étaient réfugiés dans notre bâtiment. L’imprimerie sera totalement détruite suite à l’assaut du GIGN. Nous étions dans l’impossibilité de retravailler dans l’espace dans ces conditions. L’outil de production était anéanti.
Face à une telle situation on ressent de la colère, mais surtout on se sent vivant !
L’envie de se battre est plus forte que tout.
Nous avons donc travaillé durement à remettre sur pied, en mieux, notre outil de travail.
Depuis l’ouverture de l’imprimerie Création Tendance Découverte en février dernier, nous réalisons près de la moitié du chiffre d’affaires d’avant les événements. Nous devrions pour être rentable et produire 30% de plus qu’avant janvier 2015.
Nous retrouvons notre portefeuille client qui apprécient la qualité de notre travail.
Nous gagnons de nouveaux clients qui viennent de la région et de partout en France, dont certains par solidarité.
Je préfère qu’on me consulte pour mon efficacité et ma qualité de travail !
J’avance par étape pour ne pas décevoir nos clients, je suis impatient avec ce nouveau parc machines de proposer toutes ces offres dans de bonnes conditions.
C’est stimulant !

Pourriez-vous nous décrire le nouveau parc machines dont vous disposez et nous expliquer comment vous en êtes arrivé à ces choix de matériel ?
Coté commandes, j’ai eu beaucoup de promesses de société importantes qui m’ont dit que dès que je serai totalement opérationnel, je pourrais leur proposer mes services. J’espère que ceux qui m’ont dit ça en mars, avril ou juin de l’année dernière, tiendront leurs engagements, même si ça a été long.
Remettre sur pied une imprimerie demande beaucoup de temps et de recul compte-tenu de l’évolution du matériel, cet événement est finalement une opportunité pour revoir notre offre et adapter les équipements.

Aujourd’hui, l’imprimerie développe plusieurs d’activités.
En Offset, elle tourne avec une presse numérique
RICOH PRO C751 pour impression papiers et bristols, Une machine de découpe DUPLO DC 616 qui permet les découpes, le rainage et les microperforations, une machine de façonnage, massicot EBA, une autre machine de façonnage plieuse et rainage MORGANA, un traceur CANON IPF 8400 pour les impressions d’art de haute définition, posters et photos.
En impression textile et signalétique grands formats et enseignes
, nous avons opté pour des outils très complémentaires : un outil de découpe et de gravure des matières plastiques GRAVOGRAPH avec lequel on peut aussi réaliser l’empreinte des tampons, une gravure mécanique de petits objets en métal ou en plastique METAZA, trois traceurs MUTOH, VALUJET VJ 1624, ROLLAND SOLJET PRO4 XR-640, d’impression numériques sur vinyles, bâches et papiers, une table d’impression à plat UV (3 x 2,5 m) ARIZONA 460 XT pour l’impression de panneaux, bâches et papiers, tous supports plat inférieurs à 45 mm, Une table de découpe et façonnage (3,20 x 2,70 m) PROCUT 3200 XXL découpe tous supports d’impressions, et un laminateur 1600 mm MISTRAL pour plastifier et contrecoller tous supports d’impressions.
En textiles et objets publicitaires,
nous avons investi dans une brodeuse HAPPY, avec laquelle on peut broder tous les supports textiles y compris les cuirs, et une presse SEFA, idéale pour les marquages textiles, flex, flex imprimable, flocage, presse à flocage simple ou double plateaux, flocage casquettes…

Avec ces nouveaux matériels, nous pouvons atteindre notre nouvel objectif de 45% de plus de notre chiffre d’affaires, et nous place dans le peloton de tête des entreprises en île-de-France. La solidarité, des français et des imprimeurs sur toute la France a été importante dans les premiers mois, et les nombreux fournisseurs de machine et de matière nous ont soutenus tout au long de ces 20 mois avant notre réinstallation, ainsi que notre banque le Crédit Agricole Brie Picardie.

Parlons de l’organisation du travail du personnel, quelles décisions avez-vous prises suite à cet événement ?
Mener de front tout ce que j’ai à mener, n’est pas si simple… Je reprends tout doucement les activités d’un chef d’entreprise « normal ». En effet, je dois gérer simultanément le quotidien de l’imprimerie les négociations avec les assurances, les banques, l’architecte, les appels d’offres… et protéger mon personnel.
J’ai mis un point d’honneur à ne rien conserver de l’ancien bâtiment pour éloigner les mauvais souvenirs. En terme de sécurité, des caméras vidéo et un portail électrique sont installés pour tranquilliser les salariés. Toutes ces évolutions ont un coût assez élevé et le budget a été revu à la baisse passant de 1 million d’euros à 700 000 euros.
Le chemin reste difficile… je n’irai peut-être pas au bout de mes investissements parce que je n’aurai pas les moyens et qu’il y a beaucoup d’imprévus au niveau du budget…
L’objectif est de proposer un nouvel outil de travail de qualité et de rebondir ensemble sereinement.

Le 29 septembre 2016, François Hollande a inauguré l’imprimerie remise à neuf. Le président de la République vous a décoré de la Légion d’honneur, ainsi que l’autre otage de votre imprimerie, votre salarié Lilian Repère. Comment vivez-vous cette transition ?
Le hasard et la folie de deux hommes ont fait que, le 9 janvier 2015, je suis passé de l’anonymat à la une des journaux, du statut de chef d’entreprise à celui de victime, victime du terrorisme.
Je n’ai pas souhaité me retrouver sous les feux de l’actualité, ni devenir un héros, mais lorsque la vie bascule, il faut faire face et rester debout. Nous étions deux coincés dans cette situation, mais c’est surtout le courage de mon employé Lilian Repère de se cacher huit heures durant sous un évier à quelques mètres des assaillants, que je souhaite souligner.
Lors de mon entretien avec le Président de la République j’ai tenu à passer deux messages : ma fierté d’être français, moi l’enfant d’immigré italien, et au nom de mes salariés, en mémoire de ce que me disait mon père, j’ai décrété que je ne laisserais pas deux terroristes décider de ma vie et de mes choix.
Bob Marley n’a-t-il pas dit : ‘Tu ne sais jamais à quel point tu es fort, jusqu’au jour où être fort reste la seule option »

CTD Groupe Michel CATALANO 27, rue Clément Ader – 77230 Dammartin-en-Goële
Tél : 01.60.03.85.20 contact@groupe-michelcatalano.fr

Michel Catalano, Groupe Michel Catalano – 15 novembre 2016.
Entretien dirigé par Rachel Hardouin.